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Les subtilités de la langue française

On sait qu’en mai, il est temps de se découvrir d’un fil — contrairement à avril.
Mais en mai, sait-on si l’on doit faire ce QUI nous plaît, ou bien ce QU’IL nous plaît ?
Futile question pour le monde du marketing et de la com, à l’heure où franglicismes et autres novwords y fleurissent chaque jour un peu plus — plus rapidement que les clochettes du 1er mai. Le Figaro s’est d’ailleurs penché sur la question — non pas du QUI ou du QU’IL — mais sur celle des 100 anglicismes à ne jamais utiliser, nous invitant au passage à re-parler français, tout dernier snobisme au bureau comme à l’agence.

Bref.
Revenons au sujet qui nous occupe — et qui peut d’ailleurs nous occuper longtemps, la chose du QUI ou du QU’IL s’avérant, après recherches, plus complexe qu’il (et non qui) n’y paraît.

Voici donc la règle :

1/ On emploie QU’IL lorsque le verbe est essentiellement impersonnel
> Il faut CE QU’IL faut. Voilà CE QU’IL vous faut.
> Je ne sais pas CE QU’IL y a.

2/ QU’IL s’impose également lorsque ce qui suit le verbe constitue un « sujet réel »
> Je prendrai CE QU’IL me plaira de prendre. (→ Il me plaira de prendre quelque chose)

Et, comme toujours en français, les nombreuses exceptions à la règle :

ARRIVER au sens de PASSER
Le Robert (Usuels) précise que l’on emploie à peu près indifféremment les deux :
> Tu sais CE QU’IL va arriver ? (Gallo)
> Tu sais CE QUI va arriver ?
> Qu’est-CE QU’IL se passe ? (→ Il se passe quelque chose.)
> Qu’est-CE QUI se passe ? (→ Quelque chose se passe.)

PLAIRE
> Choisis CE QUI te plaît. (= ce qui t’attire, ce qui te donnera du plaisir)
> Choisis CE QU’IL te plaît. (= ce que tu voudras)
Dans son Dictionnaire des difficultés du français, Joseph Hanse considère que cette distinction, à priori logique, est plus théorique que réelle.

RESTER
RESTER accepte assez facilement les deux formulations :
> Il sait CE QUI / CE QU’IL lui reste à faire.
> Toutes les démarches QUI me restent / QU’IL me reste à faire.
> CE QUI / QU’IL lui reste d’argent.

Maurice Grevisse, grand grammairien belge francophone, concentre pour nous un florilège de belles citations QUI laissent entendre ce QU’IL convient d’utiliser :
> Il s’était demandé CE QU’IL arriverait… (Zola)
> CE QU’IL lui était arrivé. (Anatole France)
> Elle ne comprend pas CE QU’IL lui arrive. (Aragon)
> Voyez CE QUI m’arrive. (Académie)
> Qu’est-CE QUI arrive ? (Jules Lemaître)
> QUOI QUI arrivât dans sa vie. (Montherlant)
> CE QU’IL restait de fromage. (A. Daudet)
> Tous les livres QU’IL me reste à lire. (Renard)
> Durant les trente années QU’IL lui restait à vivre. (Anatole France)
> CE QU’IL lui restait à faire. (Rolland)
> Tout CE QU’IL vous reste à découvrir. (Duhamel)
> C’est tout CE QU’IL restait de l’ancienne chapelle. (E. Henriot)
> Le peu d’argent QUI lui restait. (Stendhal)
> CE QUI me restait à tenter. (A. Daudet)
> Le peu n’énergie QUI lui reste. (R. Martin du Gard)
> Le peu d’heures QUI me restent à vivre. (Benda)
> CE QUI lui reste de sainteté. (Maurois)
> Le peu de courage QUI lui reste. (Romains)
> Qui sait CE QUI peut advenir… ? (Musset)
> Voici CE QU’IL advint. (E. Henriot)
> Il en arrivera CE QUI pourra. (Nodier)
> Arrivera CE QU’IL pourra. (Duhamel)
> Je ne saurais dire CE QUI se passait en moi. (Académie)
> CE QU’IL se passa, je l’ignore. (E. Henriot)
> Qu’est-CE QU’IL vous prend ? (Ramuz et Ionesco)
> Qu’est-CE QU’IL leur prend ? (Chamson)
> Qu’est-CE QUI lui a pris. (Aymé)
> Qu’est-CE QUI te prend ? (Ramuz)
> Qu’est-CE QUI vous prend. (Ionesco)
> Nous ne savons pas CE QUI lui a pris. (Sarraute)
> CE QU’IL résultait d’un entretien si important. (Boylesve)
> Elle dit CE QU’IL convenait. (Romains)
> L’État cache CE QU’IL en est du sexe… (Foucault)
> Apprendre à Jacques CE QUI importait QU’IL sût. (Radiguet)
> J’imagine qu’elle connaît CE QUI lui est certainement impossible de connaître. (Queneau)

 

Moralité : en mai, fais COMME tu veux !!!